Un mot du Directeur artistique

Date: janvier 25, 2021 Auteur: festivalmontreal
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Comme l’a si bien dit le poète écossais Robert Burns, « The best laid schemes o' mice an' men / Gang aft a-gley » Traduction libre, « dans la vie, les choses ne se déroulent pas toujours comme on l’avait prévu ».

Personne n'aurait pu prédire que la pandémie mondiale de Covid-19 aurait modifié la vie et les moyens de subsistance des 7,74 milliards d'habitants de la planète. Dans toute l'histoire de la profession musicale et de l'art du spectacle en général, je ne vois aucun événement qui ait aussi tragiquement affecté les artistes, les diffuseurs et le public au cours de ces douze derniers mois.

J’ai moi-même été atteint par ce terrible virus qui m'a valu 32 jours de coma sous respirateur, 45 jours d'hospitalisation et un rétablissement lent, régulier et continu, qui en est maintenant à son neuvième mois. Je peux donc très bien témoigner de sa gravité et de son potentiel létal. Ces articles, parus dans le magazine du CHUM et dans le National Post, décrivent exactement ce que j’ai vécu. Je m’estime chanceux d'avoir survécu. Cette expérience m'a fait voir encore plus clairement le rôle important que la musique et son exceptionnel langage affectif jouent auprès de l'humanité disposée à en apprécier le merveilleux message.

Comme tous les autres organismes culturels que je connais, le Festival de musique de chambre de Montréal a été coupé dans son élan au début de mars 2020. Puisque la pandémie a mis tous nos plans sur pause, tous nos concerts ont été reportés et pendant trois mois, nous nous sommes demandé comment nous allions trouver la lumière au bout de ce sombre tunnel. Le cataclysme Covid a propulsé l'industrie musicale dans le 21e siècle, puisque tous les modes d'expression professionnelle que nous connaissions ont été soudainement abolis. Nos voix musicales ont été réduites au silence et cette relation d’interaction humaine bien spéciale qu'est l'expérience du concert a subitement disparu, les feux de la scène ont été relégués à l'abîme de l’obscurité.

Une fois sorti du coma et à mon retour chez moi en mai 2020, après avoir remporté ma bataille contre ce terrible ennemi, j'ai soudain pris conscience de l'importance de trouver d'autres moyens de communiquer avec le public, lequel représente incontestablement le yin au yang de tout interprète. Sans l'un, l'autre ne peut exister. La scène de concert éliminée, l'option d'une scène numérique est devenue la seule voie vers laquelle se tourner pour créer et maintenir un message musical significatif en 2020. Ainsi, le Festival de musique de chambre de Montréal est devenu un Festival réinventé. Nous nous renouvelons dans cette optique et explorons un tout nouveau profil numérique. Il semble n'y avoir aucune limite au potentiel de la créativité numérique, certainement pour le présent et vraisemblablement pour l’avenir. Le Festival est à jamais modifié et dorénavant, présentera probablement une formule hybride de contenus vivant et numérique. Dès notre édition 2021, je prévois suivre cette voie dans laquelle le support numérique complétera et développera les concerts en direct. Bien qu'il soit impossible de reproduire la magie de l'engagement humain qui s’instaure  entre l'artiste et le public dans une salle de concert, la profondeur de l'expérience et l'élargissement des frontières géographiques, que rend possibles le support numérique, sont incontestables.

C’est ainsi que le Festival a conçu, dès juin 2020, trois initiatives destinées à mettre en lumière le contexte exceptionnel de notre isolement forcé. Nous avons décidé d'explorer les possibilités créatives inhérentes à la personnalité unique de chacun des musiciens qui constituent les éléments  artistiques évolutifs de ce Festival, en donnant un portrait intimiste de la façon dont chacun d'entre eux fait face à ce changement de vie si subit. Aussi, nous sommes restés fidèles à notre mission qui consiste à encourager les meilleurs talents émergents et à célébrer l'excellence dans l'exécution musicale. Nous avons gardé en tête l'expérience intime que l'interprète peut offrir aux auditeurs de musique de chambre. Selon notre façon de penser et l'esprit d'équipe qui caractérise la musique de chambre, à savoir que le tout est toujours plus grand que la somme de ses parties.